On entend souvent dire qu’en éducation canine, « il faut répéter pour que le chien apprenne ».
Cette affirmation contient une part de vérité : la répétition participe effectivement à l’apprentissage. Mais croire qu’un chien peut apprendre uniquement grâce à la répétition est une vision beaucoup trop simpliste.
La réponse est donc : FAUX.
Un chien n’est pas une machine à laquelle il suffirait de faire répéter un exercice des dizaines de fois pour obtenir un comportement parfaitement acquis.
Pour apprendre durablement, il a besoin de comprendre les conséquences de ses comportements, d’être motivé, de vivre des expériences cohérentes, de pouvoir généraliser ses apprentissages et surtout d’être dans un état émotionnel compatible avec l’apprentissage.
La répétition participe à l’apprentissage… mais elle ne suffit pas
Lorsqu’un chien apprend un nouveau comportement, il doit généralement avoir plusieurs occasions de l’expérimenter.
Par exemple, pour apprendre « assis », il faudra probablement plusieurs répétitions avant que le chien comprenne que ce comportement peut lui permettre d’obtenir quelque chose d’intéressant.
La répétition permet notamment de :
renforcer une association
améliorer la fluidité d'un comportement
rendre une réponse progressivement plus fiable
créer certains automatismes
consolider un apprentissage déjà compris
Mais il existe une différence fondamentale entre répéter quelque chose et apprendre quelque chose.
Un chien peut répéter un exercice dix, vingt ou cinquante fois sans réellement comprendre ce que nous attendons de lui si notre communication manque de clarté.
Le chien apprend surtout par association et par conséquences
Le chien apprend énormément grâce aux associations qu’il construit avec son environnement.
Il observe ce qui se passe avant, pendant et après ses comportements.
Prenons un exemple très simple.
Votre chien revient vers vous lorsque vous l’appelez et vous lui donnez immédiatement quelque chose qu’il apprécie : une friandise, un jouet, une interaction ou la possibilité de repartir explorer.
Progressivement, il peut apprendre :
« Lorsque j’entends ce signal et que je reviens vers mon humain, quelque chose d’intéressant se produit. »
Ce n’est donc pas simplement le nombre de rappels réalisés qui construit l’apprentissage.
C’est aussi et surtout la conséquence du comportement.
Si vous appelez votre chien vingt fois par jour mais que revenir vers vous entraîne systématiquement la fin de la promenade, la répétition peut même produire l’effet inverse de celui recherché.
Votre chien pourrait apprendre :
« Quand je retourne vers mon humain, ma liberté disparaît. »
Vous avez pourtant énormément répété.
Mais vous avez peut-être renforcé une association que vous ne souhaitiez pas créer.
Répéter une erreur peut aussi renforcer l’erreur
La répétition n’est donc pas automatiquement bénéfique.
Imaginons un chien qui tire en laisse.
Chaque fois qu’il tire, son humain continue d’avancer.
Le chien peut progressivement apprendre :
« Lorsque je tire, j'arrive quand même là où je veux aller. »
Il répète son comportement et celui-ci fonctionne.
La répétition contribue alors à renforcer… le comportement que l’humain voudrait justement faire disparaître.
C’est pourquoi, en éducation canine, il est important de se demander :
« Qu’est-ce que mon chien apprend réellement dans cette situation ? »
Et pas uniquement :
« Combien de fois avons-nous répété l’exercice ? »
La motivation joue un rôle essentiel
Pour apprendre efficacement, le chien doit également avoir une raison de participer.
Cette motivation peut prendre différentes formes selon l’individu :
nourriture
jouet
interaction sociale
félicitations
accès à une odeur
possibilité d’explorer
possibilité de courir
accès à un congénère
reprise de la promenade
obtention d'une ressource recherchée
Tous les chiens ne sont pas motivés par les mêmes choses.
Et surtout, la motivation peut varier selon le contexte.
Une friandise appréciée dans le salon peut devenir totalement insignifiante au milieu d’un environnement rempli d’odeurs intéressantes.
Un apprentissage efficace consiste donc aussi à découvrir :
« Qu’est-ce qui a réellement de la valeur pour mon chien à cet instant ? »
L’émotion influence directement la capacité d’apprentissage
C’est un élément souvent sous-estimé.
Un chien très stressé, inquiet, frustré, excité ou fatigué ne dispose pas nécessairement des mêmes capacités d’attention qu’un chien calme et disponible.
Imaginez un chien qui a peur des voitures.
Vous pouvez lui demander cent fois de s’asseoir lorsqu’une voiture passe.
Cela ne signifie pas que vous travaillez réellement sur son émotion vis-à-vis des voitures.
Si son niveau de peur est trop important, il peut même être incapable de traiter correctement les informations que vous lui donnez.
Avant de vouloir obtenir un comportement, il faut parfois travailler sur l’état émotionnel dans lequel se trouve le chien.
L’apprentissage ne dépend donc pas seulement de ce que nous demandons au chien.
Il dépend également de ce qu’il ressent au moment où nous le lui demandons.
Comprendre n’est pas la même chose que mémoriser
Un chien peut connaître parfaitement un exercice dans une situation précise et sembler l’avoir complètement oublié ailleurs.
Vous lui demandez « assis » dans votre cuisine : parfait.
Dans le jardin : presque parfait.
Dans la rue : plus difficile.
Devant un autre chien : plus rien.
Cela ne signifie pas nécessairement que votre chien est têtu ou qu’il refuse volontairement d’obéir.
Le problème peut simplement être que l’apprentissage n’a pas encore été suffisamment généralisé.
Le chien doit apprendre à généraliser
Les chiens ne généralisent pas toujours aussi facilement que nous l’imaginons.
Pour nous, « assis » signifie :
« Pose tes fesses au sol, peu importe l’endroit. »
Pour le chien, l’apprentissage initial peut être beaucoup plus contextuel :
« Lorsque je suis dans cette pièce, devant mon humain placé de cette façon, et que j’entends ce son, m’asseoir produit une conséquence intéressante. »
Il faut donc progressivement travailler le même comportement dans différents contextes :
maison
jardin
rue calme
parc
environnement nouveau
présence de personnes
présence de chiens
distractions faibles puis progressivement plus importantes.
La généralisation fait partie intégrante de l’apprentissage.
Attention à la difficulté de l’environnement
Une erreur fréquente consiste à penser :
« Il le fait parfaitement à la maison, donc il doit pouvoir le faire partout. »
Pas forcément.
À la maison, le chien connaît son environnement et les distractions sont souvent limitées.
À l’extérieur, son cerveau doit traiter une quantité considérable d’informations :
odeurs, mouvements, bruits, personnes, chiens, véhicules, animaux, nourriture au sol…
Demander exactement la même performance dans ces deux environnements revient parfois à comparer deux exercices de difficultés complètement différentes.
Il faut donc augmenter progressivement la difficulté.
La qualité des répétitions compte davantage que leur quantité
Faire cinquante répétitions approximatives n’est pas nécessairement plus efficace que réaliser cinq répétitions parfaitement adaptées au niveau du chien.
Une bonne séance d’apprentissage repose notamment sur :
un objectif clair
des critères adaptés
un environnement approprié
une récompense réellement motivante
un bon timing
des séances relativement courtes
des pauses
une progression graduelle
Lorsque le chien réussit régulièrement, nous pouvons progressivement augmenter la difficulté.
À l’inverse, lorsqu’il échoue constamment, il est généralement préférable de modifier l’exercice plutôt que de continuer à répéter la même chose.
Le timing est fondamental
La conséquence doit arriver suffisamment rapidement pour que le chien puisse faire le lien avec son comportement.
Imaginons que votre chien revienne vers vous.
Il arrive à vos pieds.
Vous cherchez votre friandise.
Pendant ce temps, il saute sur vous.
Vous lui donnez finalement la friandise.
Quel comportement venez-vous de renforcer ?
Le retour ?
La présence devant vous ?
Le saut ?
Pour l’humain, l’intention était de récompenser le rappel.
Pour le chien, l’information peut être beaucoup moins claire.
Un bon apprentissage dépend donc aussi de la précision du timing.
Le chien apprend également lorsque nous ne sommes pas en séance d’éducation
C’est probablement l’un des éléments les plus importants à comprendre.
Le chien apprend toute la journée.
Il apprend lorsque vous vous promenez.
Il apprend lorsque quelqu’un sonne à la porte.
Il apprend lorsque vous préparez sa gamelle.
Il apprend lorsqu’il rencontre un autre chien.
Il apprend lorsque vous prenez sa laisse.
Il apprend lorsque vous ouvrez une porte.
Il apprend même lorsque vous pensez ne rien lui apprendre.
Prenons un exemple.
Chaque fois que votre chien gratte la porte, vous l’ouvrez immédiatement.
Vous n’avez organisé aucune séance d’éducation.
Pourtant, votre chien peut apprendre :
« Gratter la porte permet de l’ouvrir. »
L’environnement lui enseigne constamment les conséquences de ses comportements.
L’observation joue également un rôle
Le chien n’apprend pas uniquement lorsqu’on lui demande directement quelque chose.
Il observe énormément son environnement et les habitudes de son humain.
Il peut apprendre que :
prendre les clés annonce une sortie ;
mettre certaines chaussures annonce une promenade ;
ouvrir un placard annonce l’arrivée d’une friandise ;
sortir la laisse signifie que quelque chose d’intéressant va commencer.
Certaines associations peuvent devenir extrêmement puissantes alors que personne n’a volontairement essayé de les enseigner.
C’est bien la preuve que l’apprentissage ne se résume pas à la répétition volontaire d’un exercice.
Les pauses font partie de l’apprentissage
On pourrait croire qu’un chien apprend uniquement lorsqu’il travaille.
Pourtant, les périodes de repos sont également importantes.
Après une séance, le cerveau continue à traiter les informations reçues.
Le sommeil participe notamment à la consolidation de certains apprentissages.
Il n’est donc pas nécessaire de faire des séances interminables.
Au contraire, plusieurs petites séances adaptées au chien peuvent être beaucoup plus intéressantes qu’une longue séance pendant laquelle sa concentration diminue progressivement.
Trop répéter peut diminuer la motivation
Imaginons un chien très motivé au début d’un exercice.
Première répétition : excellente.
Deuxième : excellente.
Troisième : très bonne.
Dixième : correcte.
Vingtième : lente.
Trentième : le chien commence à regarder ailleurs.
Ce n’est pas nécessairement parce qu’il « ne veut plus obéir ».
Il peut simplement être fatigué mentalement, moins motivé ou avoir compris l’exercice depuis longtemps.
Il est parfois préférable d’arrêter sur une belle réussite, plutôt que de continuer jusqu’à ce que le chien perde complètement son intérêt.
Répéter plusieurs fois le même ordre n’aide pas forcément
La répétition concerne également notre manière de communiquer.
Prenons le rappel :
« Rex, viens ! »
Le chien continue à sentir.
« Rex, viens ! Viens ! Allez viens ! Rex ! Viens ici ! »
Que risque-t-il d’apprendre ?
Que le premier signal n’a aucune importance.
Il peut progressivement comprendre qu’il peut attendre le quatrième, le cinquième ou le sixième « viens ».
Dans ce cas, la répétition du signal diminue sa valeur au lieu de renforcer l’apprentissage.
Mieux vaut donner un signal clair, laisser au chien le temps de traiter l’information et travailler dans une situation où il possède de bonnes chances de réussir.
Quand le chien échoue, ne répétez pas automatiquement : analysez
C’est une habitude extrêmement utile en éducation canine.
Lorsque votre chien ne réussit pas un exercice, avant de répéter exactement la même chose, posez-vous quelques questions :
A-t-il compris ce que je lui demande ?
Mon signal est-il clair ?
L’environnement est-il trop difficile ?
Les distractions sont-elles trop importantes ?
La récompense est-elle suffisamment intéressante ?
Mon chien est-il stressé ?
Est-il trop excité ?
Est-il fatigué ?
Ai-je augmenté la difficulté trop rapidement ?
Est-ce que je récompense au bon moment ?
Parfois, la meilleure solution n’est pas de répéter davantage.
C’est simplement de rendre l’exercice plus facile.
Exemple : apprendre le rappel autrement qu’en répétant « viens »
Pour construire un bon rappel, répéter « viens » des dizaines de fois ne suffit pas.
Il faut construire tout ce qui se trouve autour du comportement.
On peut notamment travailler :
Voilà pourquoi apprendre ne signifie pas simplement répéter.
Un apprentissage efficace repose sur plusieurs éléments
Pour résumer, la répétition devient réellement intéressante lorsqu’elle est associée à :
La compréhension : le chien doit pouvoir identifier le comportement attendu.
La motivation : il doit avoir une raison de reproduire ce comportement.
Le renforcement : les bonnes réponses doivent avoir des conséquences intéressantes.
Le timing : l’information doit être suffisamment précise.
La progression : la difficulté doit évoluer progressivement.
La généralisation : le comportement doit être travaillé dans plusieurs contextes.
L’état émotionnel : le chien doit être suffisamment disponible pour apprendre.
Le repos : les périodes de récupération participent également au processus d’apprentissage.
La cohérence : les conséquences des comportements doivent être suffisamment prévisibles pour permettre au chien de comprendre.
Alors, faut-il arrêter de répéter ?
Absolument pas.
La répétition reste indispensable dans de nombreux apprentissages.
Mais elle doit être intelligente, progressive et cohérente.
L’objectif n’est pas :
« Je vais lui faire faire cet exercice cinquante fois pour qu’il comprenne. »
Mais plutôt :
« Je vais créer plusieurs situations dans lesquelles mon chien pourra comprendre, réussir et être renforcé pour le comportement que je souhaite développer. »
Cette différence peut complètement changer notre manière d’éduquer un chien.
Conclusion : Faux, le chien n’apprend pas uniquement par répétition
La répétition est un outil de l’apprentissage, mais elle n’est pas l’apprentissage à elle seule.
Le chien apprend par les conséquences de ses comportements, par association, par observation, par expérience et grâce aux interactions qu’il entretient quotidiennement avec son environnement et avec nous.
Il apprend également différemment selon sa motivation, son niveau de fatigue, son état émotionnel et la difficulté de la situation.
C’est pourquoi répéter encore et encore un exercice qui ne fonctionne pas n’est pas forcément la bonne solution.
Lorsque le chien ne réussit pas, la question ne devrait pas immédiatement être :
« Combien de fois dois-je encore répéter ? »
Mais plutôt :
« Qu’est-ce qui empêche mon chien de réussir et comment puis-je rendre mon enseignement plus clair ? »
En éducation canine, la qualité de l’apprentissage est bien plus importante que le nombre de répétitions.
Et finalement, bien éduquer un chien ne consiste pas à lui faire répéter mécaniquement des comportements. Cela consiste à créer les conditions qui lui permettent de comprendre, d’apprendre, de réussir et d’avoir envie de recommencer.
Filippo Naso - Éducateur Canin : Tél 06 74 79 19 78
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