Laisser le chien trouver la solution
En éducation canine, nous avons souvent tendance à vouloir montrer immédiatement au chien ce que nous attendons de lui. Nous utilisons un geste, une friandise pour le guider, une consigne verbale ou notre position corporelle afin de l'amener vers le comportement souhaité.
Le façonnage, également appelé shaping, propose une approche différente : laisser le chien chercher, réfléchir, essayer et découvrir progressivement la solution par lui-même.
L'humain ne reste pas passif pour autant. Au contraire, il devient un observateur particulièrement attentif. Son rôle consiste à repérer et à renforcer les petits comportements qui rapprochent progressivement le chien de l'objectif final.
Cette méthode peut être très intéressante pour développer l'autonomie, la réflexion, la prise d'initiative et la confiance du chien.
Qu'est-ce que le façonnage ?
Le façonnage est une technique d'apprentissage basée sur le renforcement progressif de comportements qui se rapprochent du comportement final recherché.
Plutôt que d'attendre que le chien réalise immédiatement l'exercice complet, nous allons récompenser différentes étapes intermédiaires.
Prenons un exemple simple : nous souhaitons apprendre à notre chien à poser ses deux pattes avant sur une petite plateforme.
Nous pouvons commencer par récompenser :
le chien qui regarde la plateforme
puis celui qui tourne la tête dans sa direction
ensuite celui qui fait un pas vers elle
puis celui qui s'en approche davantage
celui qui la touche avec une patte
puis celui qui pose une patte dessus
et enfin celui qui place ses deux pattes sur la plateforme
Chaque petite réussite devient ainsi une étape vers le comportement final.
C'est exactement le principe du façonnage : construire progressivement un comportement complexe à partir de comportements beaucoup plus simples.
Le chien devient acteur de son apprentissage
L'un des grands intérêts du shaping est que le chien n'est plus seulement dans l'attente d'une instruction.
Il devient acteur de son apprentissage.
Il observe son environnement, réfléchit et tente différentes choses :
« Qu'est-ce qui vient de fonctionner ? »
« Pourquoi ai-je obtenu une récompense ? »
« Et si je recommençais ? »
« Peut-être que je dois aller un peu plus loin ? »
Évidemment, le chien ne formule pas ces questions comme un humain. Mais son comportement traduit cette recherche.
Il expérimente et apprend progressivement quelles actions produisent une conséquence intéressante.
Nous passons donc d'une logique dans laquelle l'humain montre systématiquement la solution à une logique où le chien participe activement à sa découverte.
Pourquoi laisser le chien chercher ?
Nous voulons souvent aider notre chien très rapidement.
S'il hésite quelques secondes, nous montrons la friandise.
S'il ne comprend pas, nous répétons la consigne.
S'il regarde ailleurs, nous lui indiquons l'objet.
S'il ne trouve toujours pas, nous réalisons un geste encore plus évident.
Cette volonté d'aider part généralement d'une bonne intention. Pourtant, lorsque nous intervenons systématiquement, le chien peut progressivement apprendre à attendre nos indications plutôt qu'à chercher une solution.
Le façonnage permet justement de travailler l'inverse.
On lui laisse suffisamment d'espace pour :
observer → réfléchir → essayer → obtenir une conséquence → ajuster son comportement.
Le chien découvre alors que ses propres initiatives peuvent avoir une influence sur ce qui se passe.
Le rôle essentiel du renforcement
Le shaping repose sur un principe fondamental : les comportements renforcés ont davantage de chances de réapparaître.
Si votre chien regarde une boîte et reçoit immédiatement une récompense, il peut recommencer à regarder cette boîte.
S'il s'en approche et obtient une nouvelle récompense, l'approche devient intéressante.
S'il touche ensuite la boîte avec son museau et que ce comportement est renforcé, il peut commencer à proposer davantage ce contact.
Progressivement, nous pouvons modifier nos critères pour nous rapprocher du comportement recherché.
Le chien n'a donc pas besoin de connaître la réponse au départ.
Il la construit avec nous.
Le timing : l'une des clés du shaping
Pour réussir un exercice de façonnage, le moment où nous marquons le comportement est extrêmement important.
Si votre chien effectue trois comportements successifs et que vous récompensez trop tard, il peut avoir des difficultés à identifier celui qui lui a permis d'obtenir la récompense.
Un marqueur précis peut alors être particulièrement utile.
Il peut s'agir :
d'un clicker ;
d'un mot court comme « oui » ;
d'un autre signal bref préalablement associé à l'arrivée d'une récompense.
Le marqueur permet de dire au chien, avec beaucoup de précision :
« C'est exactement ce comportement-là qui m'intéresse. »
La récompense arrive ensuite.
Plus votre timing est précis, plus vous facilitez la compréhension du chien.
L'importance des micro-étapes
L'une des erreurs fréquentes consiste à vouloir progresser trop rapidement.
Imaginons que votre objectif soit que votre chien entre entièrement dans une grande caisse.
Vous récompensez lorsqu'il regarde la caisse.
Puis lorsqu'il s'en approche.
Et soudain, vous décidez que vous ne récompenserez plus rien tant qu'il n'est pas complètement à l'intérieur.
Le saut entre les deux critères est probablement trop important.
Le chien risque de ne plus comprendre ce qui lui permet d'obtenir la récompense.
Il peut alors :
ralentir ses propositions ;
revenir aux comportements précédemment récompensés ;
se désintéresser de l'exercice ;
commencer à s'agiter ;
manifester de la frustration.
Le shaping fonctionne particulièrement bien lorsque chaque nouvelle étape reste accessible.
Un exemple concret : apprendre à entrer dans une caisse
Supposons que nous souhaitions apprendre à notre chien à entrer volontairement dans une caisse ouverte.
Nous posons la caisse au sol et laissons le chien observer.
Au départ, nous pouvons marquer et récompenser simplement lorsqu'il regarde dans sa direction.
Lorsque le chien commence à regarder régulièrement la caisse, nous augmentons légèrement notre critère : maintenant, nous attendons un mouvement vers elle.
Puis nous pouvons renforcer successivement :
regarder la caisse ;
orienter son corps vers elle ;
faire un pas dans sa direction ;
s'en approcher ;
mettre le museau à l'intérieur ;
placer une patte dedans ;
placer deux pattes ;
avancer davantage ;
entrer entièrement dans la caisse ;
éventuellement rester quelques secondes à l'intérieur.
Toutes ces étapes ne seront pas forcément nécessaires.
Certains chiens progresseront extrêmement rapidement. D'autres auront besoin d'étapes supplémentaires.
C'est au chien de nous indiquer si notre progression est adaptée.
Comment savoir si l'exercice est trop difficile ?
Le comportement du chien constitue notre meilleur indicateur.
Si votre chien proposait régulièrement des comportements puis s'arrête soudainement, ce n'est pas nécessairement parce qu'il est « têtu » ou qu'il ne veut plus travailler.
Il est possible que notre critère soit devenu trop difficile.
On peut observer :
un chien qui reste immobile
un chien qui répète encore et encore l'ancien comportement
une diminution des propositions
un détournement de l'activité
une augmentation de l'excitation
des signes de frustration
une perte d'intérêt
Dans ce cas, plutôt que d'insister, il est souvent préférable de revenir temporairement à une étape plus simple.
Le façonnage demande donc beaucoup d'observation de la part de l'humain.
Ne pas confondre shaping et leurre
Le leurre consiste généralement à utiliser une récompense, souvent alimentaire, pour guider physiquement le mouvement du chien.
Par exemple, nous plaçons une friandise devant son museau et déplaçons notre main afin de l'amener à tourner, s'asseoir ou se coucher.
Cette méthode peut être très utile.
Le shaping fonctionne différemment.
Nous ne montrons pas nécessairement au chien le mouvement à effectuer. Nous créons une situation dans laquelle il peut proposer spontanément des comportements, puis nous sélectionnons ceux qui nous intéressent grâce au renforcement.
Les deux techniques ne sont donc pas ennemies.
Elles constituent simplement deux outils différents dans la boîte à outils de l'éducation canine.
Les bénéfices du façonnage
Lorsqu'il est correctement utilisé, le shaping peut développer plusieurs compétences intéressantes.
La prise d'initiative
Le chien comprend progressivement qu'il peut proposer des comportements sans attendre systématiquement une instruction.
La capacité à chercher
Face à une situation nouvelle, il apprend à tester différentes possibilités.
La concentration
Certains exercices de shaping demandent beaucoup d'attention et peuvent constituer une activité mentale intéressante.
La confiance
Un chien qui réussit régulièrement des exercices adaptés à son niveau peut progressivement devenir plus à l'aise lorsqu'il doit essayer quelque chose de nouveau.
La coopération
Le chien et l'humain participent ensemble à la construction du comportement.
L'humain observe et renforce.
Le chien propose et ajuste.
Un véritable dialogue comportemental peut ainsi s'installer.
Le shaping est-il fatigant pour le chien ?
Oui, il peut l'être.
Un exercice qui semble physiquement très simple peut demander un véritable effort mental.
Le chien doit observer, mémoriser ce qui vient d'être récompensé, comparer différentes actions et adapter ses propositions.
Il n'est donc pas nécessaire de faire des séances très longues.
Quelques minutes peuvent largement suffire, surtout lorsque le chien découvre cette manière de travailler.
Mieux vaut terminer sur un chien encore intéressé par l'activité que poursuivre jusqu'à ce qu'il décroche complètement.
Tous les chiens sont-ils à l'aise avec le shaping ?
Non, et c'est important de le préciser.
Certains chiens comprennent rapidement le principe et commencent à proposer énormément de comportements.
D'autres restent longtemps immobiles en attendant une indication de leur humain.
Cela peut notamment arriver chez un chien qui a surtout appris à attendre des consignes précises.
Face à un nouvel objet, il peut regarder son humain comme pour lui demander :
« Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? »
Dans ce cas, il faut commencer extrêmement simplement.
Un regard vers l'objet peut déjà être récompensé.
Puis un léger mouvement.
Puis un pas.
Le chien doit progressivement comprendre une nouvelle règle du jeu :
« Tu peux essayer. »
Attention à la frustration
Le shaping ne doit pas devenir un jeu de devinettes impossible.
Si votre chien propose dix comportements différents et qu'aucun n'est renforcé, il risque de ne plus comprendre ce que vous attendez.
La frustration peut alors augmenter.
Nous devons donc trouver un équilibre entre laisser réfléchir et maintenir un niveau de difficulté accessible.
L'objectif n'est pas de mettre le chien en échec pour voir s'il finit par trouver.
L'objectif est de créer suffisamment de petites réussites pour l'amener progressivement vers la solution.
Quelques exercices simples pour débuter
Toucher une boîte avec le museau
Posez une boîte au sol et commencez par renforcer l'intérêt porté à l'objet.
Vous pouvez ensuite progressivement attendre une approche, puis un contact du museau.
Poser une patte sur un objet
Utilisez un objet stable et sans danger.
Récompensez l'orientation vers l'objet, l'approche puis les mouvements de patte qui se rapprochent de votre objectif.
Monter sur une plateforme
Le chien peut progressivement apprendre à placer une patte, puis deux, puis éventuellement les quatre pattes sur une plateforme suffisamment large et stable.
Aller sur un tapis
Le comportement final peut être d'aller spontanément sur un tapis.
Vous pouvez renforcer l'orientation vers celui-ci, l'approche, le contact avec une patte, plusieurs pattes puis la présence complète sur le tapis.
Ranger un jouet
Il s'agit d'un exercice beaucoup plus complexe qui peut être construit progressivement : prendre l'objet, se déplacer avec celui-ci, s'approcher d'un contenant, placer la tête au-dessus puis lâcher l'objet à l'intérieur.
C'est un excellent exemple d'un comportement final qui peut être décomposé en nombreuses petites étapes.
Les erreurs fréquentes en shaping
Attendre trop longtemps avant de récompenser
Le chien ne reçoit pas suffisamment d'informations et peut finir par arrêter de proposer.
Augmenter trop rapidement le niveau de difficulté
Un comportement qui fonctionnait très bien disparaît soudainement parce que nous avons demandé une progression trop importante.
Récompenser sans critère clair
Si nous renforçons des comportements très différents sans savoir où nous voulons aller, nous risquons de rendre l'exercice confus.
Vouloir absolument terminer l'exercice
Il n'est pas nécessaire d'obtenir le comportement final pendant la première séance.
Nous pouvons parfaitement nous arrêter après une petite progression et reprendre plus tard.
Trop parler
Lorsque nous utilisons le shaping, donner constamment des indications verbales peut perturber la recherche du chien.
Parfois, observer et laisser quelques secondes de réflexion est beaucoup plus instructif.
Faire des séances trop longues
La fatigue mentale peut réduire la qualité des propositions.
Savoir quand augmenter le critère
C'est probablement l'une des compétences les plus difficiles pour l'humain.
Si nous augmentons le critère trop rapidement, le chien risque de se retrouver en difficulté.
Mais si nous récompensons éternellement la même étape, nous pouvons également ralentir la progression.
Lorsque le chien propose facilement et régulièrement un comportement, nous pouvons commencer à attendre une légère amélioration.
Par exemple :
« Regarder la boîte » devient « faire un pas vers la boîte ».
Puis :
« faire un pas » devient « s'approcher davantage ».
Nous ne changeons pas complètement l'exercice.
Nous demandons simplement un petit peu plus.
Et si le chien se trompe ?
Dans le shaping, parler d'« erreur » n'est pas toujours très pertinent.
Le chien est justement en train d'expérimenter.
Certaines propositions seront renforcées et d'autres non.
Si votre chien touche la boîte avec sa patte alors que vous cherchez un contact du museau, il ne cherche pas à vous contrarier.
Il essaie simplement une possibilité.
Votre rôle est de continuer à renforcer les comportements qui correspondent à la direction que vous souhaitez prendre.
Cette manière de considérer l'apprentissage peut également modifier notre regard sur l'éducation canine.
Au lieu de penser :
« Mon chien se trompe. »
Nous pouvons penser :
« Mon chien cherche la réponse. »
La différence est importante.
Le shaping apprend aussi beaucoup à l'humain
Le façonnage n'est pas seulement un exercice pour le chien.
C'est également un formidable exercice pour l'éducateur ou le propriétaire.
Il nous oblige à améliorer :
notre observation
notre timing
notre patience
notre capacité à définir un objectif
notre capacité à découper cet objectif en petites étapes
notre compréhension du comportement du chien
Lorsque le chien n'avance plus, la question devient alors :
« Comment puis-je rendre l'étape suivante plus facile à comprendre ? »
Cette réflexion est particulièrement intéressante en éducation canine.
Laisser réfléchir ne signifie pas laisser le chien en difficulté
C'est probablement le point le plus important à retenir.
On entend parfois :
« Il faut le laisser chercher. »
Oui, mais chercher ne signifie pas être abandonné face à un problème trop difficile.
Notre rôle consiste à créer un environnement dans lequel la recherche reste productive.
Nous devons ajuster la difficulté, observer les réactions du chien, renforcer suffisamment souvent et revenir en arrière lorsque cela devient nécessaire.
Un bon exercice de shaping devrait donner au chien l'impression :
« Je peux trouver ! »
et non :
« Je ne comprends absolument rien à ce que mon humain attend de moi. »
Conclusion : parfois, moins aider permet au chien d'apprendre davantage
Le façonnage nous invite à modifier légèrement notre façon d'enseigner.
Au lieu de toujours montrer immédiatement la solution, nous pouvons parfois laisser au chien le temps et la possibilité de la découvrir.
Observer.
Réfléchir.
Essayer.
Se tromper.
Recommencer.
Réussir.
Ce processus fait pleinement partie de l'apprentissage.
Bien utilisé, le shaping peut développer la prise d'initiative, la concentration, la confiance et la capacité du chien à chercher des solutions.
Mais il nous apprend également quelque chose d'essentiel en tant qu'humain : ne pas intervenir trop vite.
Aider son chien ne signifie pas nécessairement lui donner immédiatement la réponse. Parfois, la meilleure aide consiste simplement à lui proposer un exercice adapté, à renforcer ses progrès et à lui laisser suffisamment de temps pour comprendre.
Car en éducation canine, trouver la solution peut être aussi important que la solution elle-même.
Filippo Naso - Éducateur Canin : Tél 06 74 79 19 78
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Votre commentaire est en attente de validation, merci pour votre contribution qui sera validée très rapidement